Tui Shou

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vendredi 9 septembre 2016

Lettre d'infos septembre 2016

L'école prenant cette année un peu plus d'ampleur, il m'a semblé utile de créer cette nouvelle rubrique afin de faire le point sur nos activités au moins une fois par mois. Si vous désirez recevoir cette lettre d'infos par email, envoyez simplement un message à l'adresse infoATtuishouPOINTfr (où il faut évidemment remplacer AT par "@" et POINT par ".")

Samedi matin (le 10 septembre, donc demain)

Il y aura à nouveau un cours gratuit au Jardin Public de Saintes. Vous pouvez vous inscrire sur http://saintes.onvasortir.com ou directement par email. Rendez-vous à 9h20 à l'Arc de Germanicus (nous irons ensuite au Jardin Public, sous le kiosque en cas de pluie).

Je voudrais lancer un cours hebdomadaire à Saintes ! Si un groupe se forme nous pourrons commencer à l'extérieur tant que la météo le permet. Pour le futur, une salle serait nécessaire. Si vous avez une idée de lieu, faites-moi signe !

Le week-end des 10 et 11 septembre

Tui Shou sera à la salle La Rochelaise à Nancras pour le "Forum des loisirs, du bien-être, des arts divinatoires, voyance et médecine douce" (http://www.facebook.com/rochelaise).

Ce sera une occasion supplémentaire de découvrir ou faire découvrir cet art énergétique chinois. Les habitués sont évidemment aussi les bienvenus !

Les cours hebdomadaires dès septembre 2016

Voici les cours qui sont d'ores et déjà disponibles dans les environs : - lundi matin (09h00) à Saint-Porchaire avec le club d'Aikido - lundi soir (18h30) à Grandjean avec Terre d'Âmes - mardi soir (18h30) à Néré - Mercredi soir (18h30) à Varzay avec Autour de la table ronde

Deux autres cours dans des nouveaux lieux sont en préparation. Si ces horaires ne vous conviennent pas mais que vous êtes quand même intéressés, n'hésitez-pas à nous contacter. Je cherche toujours à commencer de nouveaux cours à La Rochelle, Angoulême, Cognac et Bordeaux. Si vous connaissez des personnes intéressées, n'hésitez pas !

Pour se tenir informé

Il y a évidemment notre site web (vous êtes en train de le lire) mais aussi notre page Facebook (http://www.facebook.com/tuishou.fr). J'y poste régulièrement des informations sur nos activités mais aussi sur le Tai Chi Chuan et le Chi Kung en général. Pour ceux qui ne sont pas sur Facebook, il y a désormais cette lettre d'infos (par email).

lundi 27 juin 2016

Le Tai Chi Chuan de style Yang

Yang_Luchan.jpgJ'ai déjà parlé dans un précédent article des cinq principales familles du Tai Chi Chuan, non sans avoir préalablement averti le lecteur de la difficulté de faire le tri entre les affirmations fantaisistes et la stricte vérité historique. Je voudrais me pencher aujourd'hui plus particulièrement sur le style Yang, qui est celui enseigné dans l'école fondée par Maître Ding. Et si c'est un sujet que je maîtrise un peu mieux que les développements du style Chen (par exemple), il ne faut pas croire pour autant que tout y est limpide et évident.

Avec Yan Luchan (1799-1872) tout est encore relativement clair. Le patriarche a transmis son art à ses deux enfants Yang Ban Hou et Yang Jian Hou (le troisième étant mort prématurément). Ce n'est pourtant pas par l'intermédiaire de l'aîné (Pan Hou) que le style familial s'est perpétué, même si celui-ci a eu un fils (Yang Zhao Pen, 1872-1930), qu'il a enseigné le Tai Chi (par exemple au fondateur du style Wu) et que certains se revendiquent de lui [1].

C'est bel et bien son cadet, Yang Jian Hou (1839-1917), qui a transmis l'enseignement de Lu Chan à deux de ses enfants : Yang Shao Hou (1862-1930) et Yang Chengfu (1883-1936). De l'ainé je ne peux pas dire grand chose. Il a bien eu une succession (un fils, trois petits-fils et de nombreux arrière-petits-enfants). Mais ce n'est pas lui qui a perpétué le style familial. Pourtant, une fois de plus, on peut trouver des gens qui se revendiquent de lui, sans qu'on puisse désigner d'école structurée avec une généalogie[2].

YCF.pngNous voilà donc avec Yang Chengfu (photo ci-contre) à la troisième génération. Et c'est ici que tout se complique. Parce que Chengfu a fait sortir le Tai Chi Yang du cadre strictement familial. Il a en effet formé de très nombreuses personnes. Mais il faut voir aussi ce qu'on entend par "formé". Parmi les nombreux élèves de Yang Chengfu on peut distinguer différentes catégories. Entre le cercle des intimes et ceux qui ont suivi quelques cours sur une période restreinte, il y a une énorme différence. Sans parler de ceux qui prétendent avoir été ses élèves alors qu'ils l'ont à peine rencontré...

Parmi ses plus illustres successeurs on peut citer : Chen Weiming (1881-1958), Dong Yingjie (Tung Ying Chieh, 1897-1961), Chen Man Ching (Zhen Manqing, 1902-1975) et Fu Zhongwen (1903-1994). Le premier n'a pas eu de véritables successeurs (mais il a écrit un livre). Dong Yingjie a créé le style Tung qui est toujours enseigné par ses descendants. Chen Man Ching a formé des instructeurs à Taiwan et aux États-Unis et son successeur le plus notable est Huang Sheng Shyan. Quant à Fu Zhongwen, c'est son fils Fu Sheng Yuan qui a repris les rênes de la Yongnian Taichi Association après son décès ; il enseigne actuellement en Australie.

YSC_YCF.pngMais le véritable successeur de Yang Chengfu ne peut évidemment être que son fils aîné, Yang Shou Zhong (sur la photo ci-contre avec Chengfu). Ses trois autres fils étaient en effet très jeunes quand Chengfu est décédé. Ainsi, Yang Zhen Duo n'avait que dix ans en 1936. Il est plus que probable que sa formation en Tai Chi ait été faite par son grand-frère, Shou Zhong (ou Sau Chung, aussi appelé Zhen Ming, 1910-1985). Le petit fils de Zhen Duo, Yang Jun (né en 1968) a ensuite repris le flambeau de son arrière grand-père.

Mais revenons à Shou Zhong. Son seul héritier mâle étant mort prématurément, celui-ci a nommé trois disciples pour lui succéder à la tête de l'école : Ip Tai Tak (1er), Chu Gin Soon (2ème), Chu King Hung (3ème). Le premier disciple est resté à Hong-Kong. Le deuxième a créé une école aux États-Unis et le troisième a formé d'innombrables instructeurs en Europe.

Il est dès lors remarquable de voir le destin de Maître Ding qui, après avoir suivi des cours auprès de Chu King Hung, a rejoint Chu Gin Soon à Boston avant de finalement rencontrer Maître Ip Tai Tak dont il devint le premier disciple en 1998. Aujourd'hui, quiconque veut apprendre le style Yang du Tai Chi Chuan se trouve face à plusieurs options. Chacun des trois disciples de Yang Sau Chung a nommé plusieurs disciples qui ont eux-mêmes essaimé (voir l'arbre généalogique). Mais le risque est aussi très grand de se retrouver dans une école dont le lien avec la généalogie est ténu, si pas inexistant.

Liens externes

Voici les sites internet des différentes écoles liées à Yang Sau Chung :

Via Ip Tai Tak

Via Chu Gin Soon

Via Chu King Hung

École de Chu King Hung : http://www.itcca.com

Via la famille Yang

Et voici à présent d'autres écoles issues de Yang Chengfu

Notes

[1] par exemple le Guang Ping Yang Tai Chi de Kuo Lien Ying

[2] Adam Mizner, par ailleurs issu de la lignée de maître Huang se revendique de Yang Shao Hou sans vouloir clarifier le lien de filiation

lundi 11 avril 2016

Formation continue des instructeurs

Maître Ding met un point d'honneur à garantir la qualité de l'enseignement au sein de son Académie. Et pour y arriver, il dispose d'une méthode très efficace. Chaque instructeur certifié est en effet tenu de participer au moins une fois par an à un stage d'une semaine. L'édition 2016 vient tout juste de se terminer.

Ces Instructor's Retreats ont lieu, de même que les stages ouverts à tous, dans le petit village de Preston au Nord de Londres. La seule véritable différence, c'est le degré d'exigence et la quantité de travail demandée : lever à 5h30, plus de quatre heures de pratique en matinée et autant l'après-midi, avec encore deux heures de bonus le soir avant d'aller se coucher.

Cette année, la semaine de formation a été unanimement applaudie comme une des meilleures éditions. Et cela pour une double raison : il y a eu d'abord le dévouement de notre Sifu, qui s'était imposé de peaufiner dans les moindres détails chacun des cent-huit mouvements de la forme traditionnelle. Mais ce fut aussi dû à l'effort fourni par chacun des participants, porté par un esprit d'équipe et une atmosphère d'entraide mutuelle qui sont le fondement des meilleures écoles d'arts martiaux.

subst_insubst.jpgLe thème de la semaine était Substantiel/Insubstantiel, l'un des dix principes de Yang Cheng Fu. La différence, appliquée aux jambes, est ce qui permet au pratiquant de se déplacer de façon agile et stable. Moins facile à appréhender, cette division s'applique aussi au reste de l'organisme dont les mains, les bras, les épaules passent ainsi d'un état à l'autre en fonction du mouvement.

Un autre concept a sous-tendu l'enseignement de Maître Ding tout au long de cette semaine, sous la forme d'une métaphore : celle de la brume (ou mist en Anglais). La brume symbolise la conscience du corps qui ne s'arrête pas aux extrémités, mais se diffuse au-delà ; et ce dans toutes les directions.

Dans son souci d'unifier la forme exécutée par la centaine d'instructeurs présents cette année, le Maître a par ailleurs fortement insisté sur l'importance de conserver la structure tout au long du mouvement, à travers un flot continu qui serait comme un fil de soie qu'il faut enrouler sans le casser[1]. Affichée au mur, une citation de Fritz Perls allait dans la même direction : N'essayez pas de pousser la rivière, elle coule par elle-même.

Pour terminer, voici une autre citation, attribuée cette fois à Lao Tseu, qui a lentement infusé pendant cette semaine de pratique à la fois intensive et éclairante : Connaître les autres relève de l'intelligence. Se connaître soi-même constitue la vraie sagesse. Maîtriser les autres est une preuve de force. Se maîtriser soi-même, c'est là que réside la vraie puissance.

mda_apr16_small.jpg

Notes

[1] Dans le style Chen, un des exercices de base s'appelle justement silk reeling (enroulage de la soie)

mardi 1 septembre 2015

Stage d'août en Angleterre

Le stage du mois d'août de la Master Ding Academy, dont l'association Tuishou fait partie, a eu lieu du 15 au 22 août derniers. Chaque année l'école organise en effet deux stages ouverts à tous, l'un au mois d'août et l'autre en décembre. Ils se déroulent traditionnellement à Preston, petit village du Hertfordshire à quelques dizaines de kilomètres au nord de Londres. Ces stages constituent une occasion incomparable d'approfondir la pratique du Tai Chi Chuan et de recevoir des informations de première main de la part de Maître Ding.

phc.jpgIl faut reconnaître que le cadre enchanteur est pour beaucoup dans la réussite de ces stages. La région est magnifique, faite de bocages entrecoupés de forêts où l'on aperçoit régulièrement des troupeaux de cerfs et d'autres animaux sauvages. Nous séjournons dans un impressionnant manoir en bordure de forêt, sur un domaine ayant appartenu aux Templiers et qui héberge à présent un pensionnat pour jeunes-filles. Le bâtiment, classé, a été bâti à la fin du dix-neuvième siècle par l'architecte Edwin Lutyens. Il est entouré de vastes jardins et, en plus du hall omnisport dont nous faisons un usage intensif, compte une vaste piscine extérieure qui rencontre un certain succès au mois d'août.

Pour ce qui est des activités, l'essentiel tient en trois mots qui sont devenus un slogan parmi les habitués : eat, sleep, taichi. L'entraînement commence à six heures du matin, par une séance de Chi Kung à l'extérieur. Nous enchaînons avec une heure de pratique, suivie d'un petit-déjeuner bien mérité qui représente un repas digne de ce nom (l'incontournable English breakfast). La matinée, comme l'après-midi, est constituée de deux sessions séparées par une pause bien anglaise elle-aussi (tea time). En soirée, rebelote : deux heures de pratique avant de plonger dans un sommeil réparateur en prévision du lendemain. Chacun est évidemment libre de passer une séance pour aller se balader dans les environs, faire une sieste ou lire le journal dans l'un des confortables sofas qui jouxtent la cheminée monumentale. Mais en vérité, la plupart des participants ont ceci en commun : ils ne rateraient une heure de tai Chi avec Maître Ding pour rien au monde.

mda_aug15.jpegCar contrairement à certains maîtres qui dispensent leur enseignement à bonne distance du haut d'un podium, ne s'adressent directement qu'à leur garde rapprochée ou répondent aux questions par des formules sibyllines, Maître Ding passe d'une personne à l'autre, qu'elle soit débutante ou expérimentée, corrige leurs postures, démontre les applications et répond à toutes les questions avec clarté et précision. Tout cela avec le sourire, de six heures à vingt-deux heures, chaque jour de la semaine. L'intérêt de ces stages ne s'arrête pas à la proximité avec un authentique maître dont le talent et la connaissance n'ont d'égal que sa disponibilité. Ils sont aussi l'occasion de pratiquer avec des dizaines de pratiquants d'horizons et de nationalités multiples, avec des sensibilités différentes, des degrés d'expérience variés et surtout des énergies diversifiées.

Pour terminer ce compte-rendu sur une note technique, je voudrais ajouter que le thème du stage d'août 2015 était le concept de "Tun". Tun signifie "unifier". Ce concept fait référence à trois principes qui peuvent exister séparément : le Chi (l'énergie interne), le Yi (l'intention de l'esprit), et la coordination des mouvements du corps. Mais lorsque ces trois éléments sont combinés les uns aux autres et tournés vers un même but, la force qui en résulte est sans commune mesure. Une belle illustration du fait que dans le Tai Chi Chuan aussi, le tout est plus que la somme des parties.

Tun.JPG

jeudi 27 août 2015

Tuishou à Bordeaux

jpb.jpgIl y a quelques années, je m'entraînais chaque matin au Jardin Public de Bordeaux. Il y avait alors plusieurs personnes issues de différents styles et de différentes disciplines qui étaient prêtes à "échanger les mains" (Gau Sau), dans un très bon esprit. J'ignore si cette tradition a perduré.

Quoi qu'il en soit, je serai le dimanche 30 août 2015 au Jardin Public dès l'ouverture (07h00 me semble-t-il). Si vous voulez faire un peu de poussée des mains (Tuishou), n'hésitez pas à me rejoindre. Si vous n'avez aucune expérience en arts martiaux, je peux aussi organiser un peu plus tard une séance d'initiation et faire une démonstration de la forme traditionnelle du style yang (108 mouvements). Envoyez-moi un e-mail à info AT tuishou POINT fr (remplacez "AT" par "@" et POINT par ".") pour fixer un rendez-vous.

D'ici là, bonne pratique et au plaisir de vous rencontrer !

vendredi 7 août 2015

Bagua - les huit trigrammes

Nous avons vu dans l'article précédent que, pour la médecine chinoise, l'organisme s'articulait autour de cinq phases. Nous savons également que tout y est lié à la circulation de l'énergie, et que celle-ci existe sous un double aspect : Yin et Yang. Nous avons par contre laissé de côté la circulation de cette énergie en rapport avec chacune des phases. Car à chaque phase correspond à la fois un organe et une viscère. Le méridien qui correspond à l'organe est Yin, alors que celui qui se rapporte à la viscère est Yang.

acuponcture.JPGPour le Bois, nous avons le méridien du foie (Yin) et celui de la vésicule biliaire (Yang). Au Feu correspondent les méridiens du cœur (Yin) et celui de l'intestin grêle (Yang). La Terre intègre le méridien de la rate/pancréas (Yin) et celui de l'estomac (Yang). La phase Métal a comme méridien Yin celui du poumon et comme méridien Yang celui du gros intestin. Enfin pour l'Eau c'est le rein (Yin) et la vessie (Yang). Il faut encore ajouter au Feu deux méridiens supplémentaires : celui du Maître du cœur (ou Enveloppe du cœur, Yin), et celui du Triple réchauffeur (dont nous avons déjà parlé), qui est Yang. En tout, cela nous fait donc douze méridiens principaux (douze paires pour être précis, répartis symétriquement à gauche et à droite du corps).

Mais parallèlement au système des cinq phases, existe un autre système qui lui est complémentaire. C'est celui du Bagua ou "huit trigrammes". A nouveau, ces concepts dépassent largement le cadre de la médecine. Ce sont des éléments issus de la cosmogonie et leurs champs d'application sont très variés. Dans la philosophie taoïste, toute chose est le résultat de l'interdépendance du Yin et du Yang. C'est le principe d'unité dans la dualité qui a donné naissance au fameux symbole des "poissons Yin et Yang" où le Yin est représenté en noir et le Yang en blanc, les deux principes s'engendrant mutuellement dans un mouvement circulaire où rien n'est jamais complètement Yin ni complètement Yang (comme le montre le point blanc dans la moitié noire et le rond noir dans la moitié blanche).

Feng_shui.pngUne fois posée cette distinction binaire, les penseurs chinois se sont penchés sur la façon dont les deux principes pouvaient engendrer toute chose. Or si on a pour briques élémentaires "0" et "1", nous pouvons combiner ces éléments de quatre manières : "0-0", "0-1", "1-0" et "1-1". En introduisant un composé supplémentaire, nous obtenons alors huit possibilités : "0-0-0", "0-0-1", "0-1-1", etc... Si nous remplaçons à présent les 1 par des traits continus (qui représentent le Yang) et les 0 par des traits discontinus (qui représentent le Yin), nous obtenons les fameux huit trigrammes (voir ci-contre).

Nous pouvons d'ores et déjà noter qu'en combinant ces huit trigrammes entre eux, nous obtenons soixante-quatre hexagrammes. C'est le fondement du Yi King, livre de sagesse éblouissant de profondeur dont nous reparlerons sans doute. Contentons-nous de préciser que les huit trigrammes ont pour noms : Ciel, Terre, Tonnerre, Eau, Montagne, Vent, Feu, Lac. Ils sont aussi représentés comme une famille symbolique constituée du père, de la mère, de leurs trois fils et de leurs trois filles. Mais, et c'est ce qui nous intéresse ici, ils correspondent également à huit méridiens additionnels, qu'on appelle "méridiens curieux" ou "merveilleur vaisseaux".

Ces méridiens ont une importance toute particulière en Chi Kung et Tai Chi Chuan. Ils ne se rapportent pas à une fonction ou un organe déterminé, mais jouent un rôle prépondérant en ce qui concerne la circulation de l'énergie dans son ensemble. Les quatre premiers sont liés aux reins et font référence aux attributs qui existent en puissance, alors que les quatre suivants (Yin et Yang Qiao Mai + Yin et Yang Wei Mai) sont liés aux pieds et se rapportent aux propriétés qui sont effectivement réalisées.

Du Mai - vaisseau gouverneur

Ce méridien concentre tout le Yang du corps sur sa partie postérieure (dorsale). Il va du coccyx aux gencives (lèvre supérieure) et compte 28 points d'acuponcture. Son trigramme de correspondance est celui du Lac (dui).

Ren Mai - vaisseau de contrôle (conception)

Ce méridien fusionne tous les méridiens Yin du corps sur la face antérieure de celui-ci. Il court de la lèvre inférieure au périnée sur 24 points. Il se rapporte au trigramme du Feu (li).

Chong Mai

C'est l'axe central du corps qui se divise en deux branches (du pelvis aux lèvres). Il est en rapport avec le sang et les sécrétions sexuelles (virilité, fertilité), et il constitue un centre de communication qui unifie le Yin. C'est à lui que correspond le trigramme du Ciel (qian).

Dai Mai

C'est un vaisseau qui fait le tour de la taille et enserre les autres comme une ceinture, réunissant ainsi le haut et le bas du corps. On lui attribue le trigramme du Vent (xun).

Yin et Yang Qiao Mai

Yin Qiao Mai va de la face interne de la cheville à l'œil. Yang Qiao Mai va de la face externe de la cheville à l'œil. Ils gouvernent et équilibrent respectivement les énergies Yin et Yang. Ils participent à la motricité et supervisent l'activité cérébrale, notamment dans l'alternance des phases de sommeil et d'éveil. Le premier est représenté par le trigramme de la Terre (kun) et le suivant (Yang Qiao Mai) par celui de l'Eau (kan).

Yin et Yang Wei Mai

Ce sont des vaisseaux régulateurs qui vont également du pied à la tête. Ils ont un rôle de protection, en rapport aux atteintes de l'extérieur via la surface du corps. Au Yin Wei Mai est attribué la Montagne (gen) et au Yang Wei Mai le Tonnerre (zhen).

Conclusion

Cet article constitue un aperçu très rapide visant à présenter l'importance du Bagua dans la médecine traditionnelle chinoise. En l'occurrence, la complémentarité des cinq phases (Wuxing) et des huit trigrammes (Bagua) trouve une autre application dans le Tai Chi Chuan lui-même, lorsqu'on parle des "treize postures" (car en effet, 8+5=13). Pour aller plus loin, on peut également combiner les trigrammes entre eux, de façon à obtenir des catégories existentielles, au nombre de 64, qui sont le fondement du Yi King ou "livre des transformations". Mais on pourra aussi approfondir le système conceptuel sous-jacent à la médecine chinoise en général et à l'acupuncture en particulier. Dans la pratique du Chi Kung et du Tai Chi Chuan, certains points énergétiques appartenant soit aux huit méridiens curieux, soit aux douze méridiens principaux, jouent en effet un rôle prépondérant. Ce sera l'objet d'un article ultérieur.

vendredi 31 juillet 2015

Wuxing - les cinq phases

Afin d'entamer une description du fonctionnement du corps humain selon la médecine traditionnelle chinoise, je voudrais expliquer ce que sont les cinq phases (wuxing). On traduit parfois wuxing par "5 éléments" ou "5 agents" mais ces termes ne sont pas assez fidèles à la notion de changement perpétuel qui est fondamentale dans la pensée chinoise.

ding.jpgLes cinq phases ne sont pas propres à la médecine. Cette notion vieille de vingt-cinq siècles est issue de la cosmologie traditionnelle et a ensuite été utilisée pour décrire une grande variété de phénomènes (musique, histoire, Feng shui, stratégie militaire, divination, etc...). Elle joue également un rôle dans les arts martiaux, en particulier dans le Tai Chi Chuan, mais c'est sous l'angle physiologique que je voudrais d'abord l'aborder.

D'après la médecine chinoise, l'organisme humain peut être compris comme un chaudron dans lequel l'énergie est raffinée (cfr. l'article sur le Chi). L'énergie en question existe sous trois formes : Jing, Qi et Shen. C'est ce qu'on appelle les "Trois Joyaux". Ils correspondent aux trois centres énergétiques appelés Tan tien (Dantian) qui forment le chaudron. Le Jing (ou essence, suc, substrat) se transforme en Qi (souffle, énergie vitale) dans le Tan tien inférieur (situé dans l'abdomen). Le Qi se transforme en Shen (esprit, conscience spirituelle) dans le Tan tien médian (situé dans la poitrine). Et enfin le Shen se transforme en Wu Wei (vide, non-être) dans le Tan tien supérieur (situé dans la tête, entre les deux yeux).

Wuxing.pngMais ce n'est pas tout. Nous pouvons d'ores et déjà préciser que le Chi circule en phase Yin ou en phase Yang à travers un système de vaisseaux appelés aussi méridiens. Tout le monde a au moins une vague idée de ce qu'est l'acupuncture. Mais pour en comprendre le fonctionnement, le chaînon manquant est précisément cette théorie des cinq phases. Les cinq phases ont pour nom "Bois - Feu - Terre - Métal - Eau". Elles interagissent selon deux cycles (voir schéma ci-contre) : le cycle d'engendrement ou de création (Sheng) et le cycle de domination ou de contrôle (Ke). Ainsi, l'eau engendre le bois (de même qu'un arbre doit être arrosé afin de pousser) mais elle domine aussi le feu, comme on peut l'observer en versant un verre d'eau sur une bougie. Les cinq phases sont ainsi constamment en train d'agir les unes sur les autres, selon des rapports de production ou de limitation.

A quoi correspondent ces phases dans l'organisme humain ? A des fonctions, ou encore à des systèmes. On peut aussi parler de processus. Mais attention, comme on leur associe aussi des noms d'organes, la tentation est grande de réduire ces processus à la compréhension que la médecine occidentale a de ces organes. Ce serait une erreur. Bien que chaque phase soit associée à un organe (et à une viscère), la réalité physiologique du processus sous-jacent dépasse largement l'idée préconçue que nous pouvons en avoir. En outre, la dimension psychique et émotionnelle de l'existence y est intrinsèquement liée à la composante strictement organique. C'est une des particularités de la médecine chinoise : il n'y a pas le corps d'un côté et l'esprit de l'autre.

Voyons à présent dans le détail à quoi correspondent chacune des phases :

BOIS - système foie/vésicule biliaire

En plus de l'épuration du sang et de son enrichissement, cette phase est le siège de la sexualité, ainsi que du système musculaire (y compris les tendons).

Au point de vue psychique, il correspond au Hun, au rapport avec les autres. C'est à la fois la personnalité, la figure du père, l'apprentissage des règles, l'action sur l'extérieur. Des désordres liés à un excès (yang) de Chi peuvent se manifester par de la colère, de la frustration, des difficultés dans la communication avec autrui. Une carence (yin) prendra le forme de la dépression ou d'un manque de courage.

FEU - système cœur/intestin grêle

Avec la circulation sanguine et la production de chaleur au niveau de l'intestin grêle, la phase Cœur intègre le triple chaudron dont on a parlé ci-dessus (appelé aussi "Triple réchauffeur").

Ce processus pilote la pensée consciente et la perception. C'est un véritable centre de contrôle psychique, le quartier général du Shen. Il régule les affects et gouverne les émotions (colère, joie, tristesse, chagrin, crainte, terreur, réflexion soucieuse). Un excès (yang) y provoquera des émotions violentes comme le fanatisme ou une joie excessive (exaltation), alors que le manque d'énergie (yin) causera une absence de joie et de l'indifférence.

TERRE - système rate-pancréas/estomac

Outre la fonction digestive (et donc l'assimilation des nutriments), la Terre est largement responsable de la maintenance qualitative du sang et du système immunitaire via la lymphe (globules blancs).

Cette phase correspond au Yi, à la pensée réflexive, à l'intentionnalité, à la mémoire. Trop de Chi (yang) y est synonyme d'obsession, d'idées fixes, d'anxiété. Pas assez de Chi (yin) se traduira par de l'insouciance ou du ressassement.

METAL - système poumon/gros intestin

La phase Métal est en charge de la respiration dans son ensemble, c'est-à-dire à la fois de l'action des poumons et de celle de la peau. En ce sens elle a un rôle centralisateur : elle dirige et distribue le Chi dans l'ensemble de l'organisme.

D'un point de vue psychologique, elle engage l'intériorisation et la formation de l'individualité (ou encore le Po). Un excès de Chi (yang) s'exprimera par du dirigisme et de l'intransigeance, alors qu'un défaut (yin) provoquera une attitude soucieuse, de la tristesse et du découragement.

EAU - système rein/vessie

Ce système régule la fonction urinaire, les organes sexuels et la production hormonale. Elle est en outre responsable de l'appareil nerveux, de la structure osseuse et de la transmission des caractères innés (l'hérédité).

L'Eau représente le Zhi, soit la volonté de puissance inhérente à l'instinct de conservation. Cela concerne le niveau ontogénétique (croissance) aussi bien que le niveau phylogénétique (reproduction). Avec du Chi en excès (yang), cela prendra la forme de la témérité, de la tyrannie. Au contraire, un manque de Chi (yin) provoquera angoisse, peur et ennui.

mardi 21 juillet 2015

Chi Kung et Tai Chi Chuan

Comme pour le Tai Chi (voir ici), on aurait tendance à croire que le Chi Kung (Qigong) est une technique vieille de plusieurs millénaires. Or ce n'est pas tout à fait exact. Car s'il est vrai que certains procédés de santé sont très anciens et que le terme Qigong a lui-même plus de mille ans, la réunion des deux (soit l'utilisation du terme Qigong pour désigner des techniques spécifiques qui visent à renforcer l'énergie interne) date seulement du début du XXème siècle. [1]

Brocart.jpgUne fois cela mis au point, nous allons désormais utiliser le vocable Chi Kung dans son acceptation moderne (au lieu de dire yangsheng[2] qui serait historiquement plus correct). Au niveau étymologique, Chi Kung signifie travail sur le soufflesouffle désigne le Chi (ou Qi). Mais on a de nos jours pris plutôt l'habitude de parler d'énergie ou même d'énergie interne pour traduire ce concept mystérieux qui joue un rôle fondamental dans la pensée chinoise.

Selon la médecine traditionnelle chinoise, tout organisme est parcouru de Chi. Il en existe d'ailleurs plusieurs types. On distingue d'abord le Chi dont on a hérité, c'est-à-dire reçu avant notre naissance (énergie du ciel antérieur) du Chi acquis de notre vivant, que ce soit par la respiration, par l'alimentation ou même via notre environnement. On parle alors de l'énergie du ciel postérieur. Ces énergies circulent naturellement dans notre corps, entre les différents organes, suivant des lignes appelées méridiens.

Comme pour la circulation sanguine, cette activité a lieu indépendamment de notre volonté. Il n'y a (heureusement) rien à faire. Mais lorsque des déséquilibres surviennent au niveau physiologique, comme des maladies par exemple, ces flux énergétiques en sont nécessairement affectés. C'est ainsi que des disciplines comme l'acupuncture ou l'acupression proposent de rétablir la bonne circulation du Chi en agissant sur des points spécifiques le long des méridiens.

Il existe par contre une autre forme de Chi : celui produit par un travail d'alchimie interne (Neigong). Au moyen de techniques spécifiques qui combinent différentes postures, une attention sur la respiration et une action de la volonté, le pratiquant peut sublimer les différents types de Chi présents dans son organisme en une nouvelle forme d'énergie et la faire circuler à l'intérieur du corps. Et c'est ce flux lui-même qui permet d'agir sur la physiologie dans son ensemble, d'améliorer la santé, de tempérer les émotions, d'aiguiser les sens et de diriger l'esprit.

Il existe une très grande diversité de techniques de Chi Kong, de nombreux styles, un foisonnement d'exercices (certains assis ou couché, d'autres debout), qu'ils soient statiques ou dynamiques. Certains recherchent des actions curatives précises, mais d'autres sont orientés vers la relaxation, ou même la sexualité. Parce qu'ils sont spécialisés, ces exercices auront souvent une action plus rapide ou induiront une sensation plus marquée. En revanche, le Tai Chi Chuan propose une approche plus généraliste (holistique).

Car il ne faut pas voir dans le Tai Chi Chuan quelque chose qui serait juxtaposé au Chi Kung, comme par exemple une espèce de spécialisation martiale de celui-ci. L'art qui consiste à cultiver le Chi, à le faire circuler dans l'organisme et à le transformer, n'est-ce pas précisément de cela qu'il est question dans le Tai Chi Chuan ? On peut en effet concevoir la forme traditionnelle, ses 108 mouvements répétés inlassablement jour après jour, comme un seul long exercice de Chi Kung qui aurait pour but de faire un avec l'univers.

Notes

[1] Le qigong de Zhou Lüjing, Catherine Despeux, p.8.

[2] c'est-à-dire pratiques pour nourrir la vie

samedi 4 juillet 2015

Les différents styles de Tai Chi Chuan

Comme beaucoup de passionnés de Tai Chi Chuan, j'apprécie parfois les anecdotes historiques et je ne rechigne pas à poster de temps en temps une vidéo ancienne sur les réseaux sociaux. Si vous suivez ces posts, vous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi je vous montre un jour la forme du style Yang, le lendemain un maître Chen et le troisième jour tel représentant de l'école Wu.

Que sont ces styles et que représentent-ils ? Je vais essayer d'expliquer simplement une réalité qui est parfois complexe. Mais avant toute chose, je voudrais commencer par une mise en garde : je suis issu de l'école de maître Ding, qui représente le style Yang traditionnel. C'est donc ce style que je pratique et sur lequel je dispose d'informations de première main. Pour les autres, ce que je dis est exclusivement tiré de lectures disponibles publiquement (et éventuellement sujettes à caution).

Et si je prends des pincettes, c'est parce qu'on peut difficilement trouver domaine plus fantaisiste que celui de l'histoire des arts martiaux. Les trois quarts de ce qui se dit est en effet purement légendaire, et le dernier quart largement romancé. Je découvre d'ailleurs régulièrement au gré de mes lectures la même petite anecdote à propos de styles variés, avec des protagonistes différents et des détails interchangeables.

En premier lieu, il faut casser le cou à un préjugé qui est bien ancré. On croit souvent que les arts martiaux viennent de la nuit des temps, qu'ils plongent leurs racines dans un fond mythologique antédiluvien. C'est relativement inexact. Le judo, par exemple, a été créé à la fin du 19ème siècle. L'aïkido quelques cinquante ans plus tard. En ce qui concerne les arts martiaux chinois, on est tenté faire remonter leur préhistoire au kalarippayatt dans l'Inde du IIème siècle avant notre ère. Cela permettrait ensuite de mentionner l'épopée de Bodhidarma au sixième siècle et la naissance de la légende de Shaolin. C'est à la fois poétique, exotique et exaltant.

Changsanfeng.jpgQuand on parle spécifiquement de Tai Chi Chuan, un autre personnage légendaire fait son apparition : Chang San-feng, taoïste errant du 13ème siècle, fondateur d'un ermitage sur un certain mont Wudang. En vérité, si on s'en tient strictement aux source historiques, il faut plutôt revenir les pieds sur terre et ... au 17ème siècle. C'est en effet à cette époque que l'officier Chen Wangting aurait développé la Boxe du Faîte Suprême.

Mais j'avais promis d'"expliquer simplement" les choses et je sens qu'on arrive au point où elles peuvent se complexifier singulièrement. Pour opérer un raccourci, disons qu'il y a cinq styles principaux de Tai Chi Chuan (on parle aussi de "familles") : Chen, Yang, Wu, Wu-Hao et Sun. Chen est le plus ancien et l'ancêtre commun des autres styles. Yang est le plus répandu (en nombre de pratiquants), suivi par Wu. Yang est à l'origine de Wu et de Wu-Hao, qui a lui-même donné Sun. Ajoutons que tous ces développements ont eu lieu sur moins d'un siècle entre 1820 et 1914.

Chen

On l'a dit, c'est Chen Wangting qui est à l'origine du style Chen au début du 17ème siècle. A cette époque, la famille est établie dans un village qui porte son nom : Chenjiagou. Parmi les maîtres successifs qui ont été le fruit de cette lignée familiale, on peut mentionner Chen Changxing (6ème génération) qui a formé Yang Luchan (voir ci-dessous-, ou encore Chen Fake (9ème génération), qui a développé le style Chen à Pékin vers 1930. De nos jours, parmi les représentants notables de ce style, il y a Chen Xiaowang (11ème génération - http://www.chenxiaowang.com) et son fils Chen Yingjun qui vit actuellement en Australie.

Yang

Yang Luchan est quant à lui le fondateur du style Yang. Il aurait appris les techniques de Chen Changxing vers 1820 pour ensuite développer son propre style qu'il a transmis à ses enfants. Mais c'est surtout son petit-fils, le célèbre Yang Chengfu, qui a contribué à rendre le Tai Chi Chuan mondialement célèbre. Après Yang Shou-chung (4ème génération), qui n'avait pas de garçon pour lui succéder à la tête de l'école, le style est passé entre les mains de maîtres extérieurs à la famille Yang : Ip Tai Tak, Chu Gin Soon et Chu King Hung. Mon Sifu, maître Ding a été formé par chacun de ces trois professeurs avant de devenir le premier disciple de Ip Tai Tak en 1998.

Wu

Vers 1850, Wu Quanyou, un officier Mandchou, devint l'élève de Yang Luchan qui était alors l'instructeur de la garde impériale à la cité interdite. Quanyou devint ensuite le disciple principal de Yang Panhou, le deuxième fils de Luchan. Par la suite, il développa, aidé de son fils Wu Jianquan, le style qui porte désormais le nom de la famille. Actuellement, le Tai Chi Wu possède des représentants dans de nombreux pays (http://www.wustyle.com). Son fer de lance est Wu Kuang-yu (aka Eddie Wu), arrière petit-fils de Jianquan vivant au Canada.

Wu/Hao

L'histoire est très similaire pour le style Wu/Hao : à la même époque, Wu Yuxiang suivit les cours de Yang Luchan et développa son propre style. Pour éviter la confusion (même s'ils portent le même nom, les deux Wu ne sont pas apparentés), on parle de Wu/Hao, Hao Weizhen étant le maître de la troisième génération de cette famille. L'école est toujours active (notamment aux USA : http://www.wuhaotaichi.com), principalement grâce à l'action de Liu Jishun.

Sun

sun_lutang.jpgSun Lutang (en portrait ci-contre) était déjà versé dans les arts martiaux internes lorsqu'il apprit le Tai Chi Chuan par l'intermédiaire de Hao Weizhen au début du 20ème siècle. Ce style familial relativement jeune (seulement trois générations) a tout de même essaimé dans quelques pays comme les Etats-Unis et l'Allemagne (http://www.suntaichi.com).

Quelques remarques en guise de conclusion

D'abord il faut noter que ces styles ne sont pas totalement imperméables. Sun Lutang, par exemple, a été en contact avec la famille Yang. Wu Yuxiang a suivi des cours avec un maître Chen (Quinping) sur le conseil de Yang Luchan. Dong Yingjie, célèbre élève de Yang Chengfu et patriarche de la famille Tung a débuté son apprentissage par le style Wu/Hao.

Ensuite cette liste n'est pas exhaustive. Il existe quelques autres familles (comme le Zhaobao par exemple). Par contre, plus un style est confidentiel et plus sa légitimité est sujette à caution. Il ne peut pas y avoir de génération spontanée : plus le lien qui rattache un style à l'arbre généalogique établi est ténu et plus sa provenance est douteuse. Il faut de toute façon noter que l'écrasante majorité des écoles que l'on rencontre de nos jours sont issues des styles Yang et Wu.

Une famille ne doit pas nécessairement s'émanciper en un style nouveau sous son propre nom. Dong Yingjie par exemple, a fondé une dynastie sous le nom de Tung, qui compte une myriade d'écoles, mais on reconnaît qu'il s'agit d'une branche de l'arbre Yang. Et c'est sur ce point que je voudrais conclure. La complexité ne s'arrête pas avec la diversité des styles. A l'intérieur de chaque style, on peut également se perdre. Car certains Maîtres ont formé de nombreux élèves qui ont eux-mêmes formé de nouveaux élèves etc... J'aborderai dans un prochain article cette question des liens de filiation au sein d'une même lignée.

jeudi 11 juin 2015

Le Tai Chi n'est (peut-être) pas ce que vous croyez

Je voudrais ici dissiper une ambiguïté relative au Tai Chi Chuan. Il m'arrive parfois d'avoir du mal à expliquer clairement de quoi il s'agit. Pour être complet, je suis souvent tenté de m'en tenir à la formule suivante : le Tai Chi Chuan est à la fois un art martial, une discipline spirituelle et une technique de santé. Mais c'est précisément dans cette formule que réside l'ambiguïté qui est source d'incompréhension.

Le succès grandissant du Tai Chi Chuan vient sans doute de sa dimension thérapeutique : il est un excellent moyen de renforcer à la fois le corps et l'esprit. C'est ce que recherchent la plupart des pratiquants et c'est tout à fait compréhensible. Le mode de vie moderne ne nécessite heureusement pas de savoir se battre, alors que les atteintes au corps et à l'esprit sont monnaie courante : le manque d'exercice, la prédominance de la station assise, l'alimentation déficiente, le stress, le manque de sommeil, les relations superficielles provoquent diverses carences et pathologies qui minent l'existence.

Et effectivement, le Tai Chi Chuan est un excellent moyen de lutter contre cet état de fait. Mais il ne faut pas s'y tromper. Le Tai Chi Chuan est d'abord et avant tout un art martial. C'est ce que signifie le mot Chuan, qu'on laisse souvent tomber par souci de facilité. Quand on dit qu'on fait du Tai Chi, c'est un peu inexact. Le Tai Chi (ou Taiji) est un système philosophique inhérent à la spiritualité taoiste, représenté par le symbole circulaire blanc et noir des poissons Yin et Yang que tout le monde a déjà vu (et qui s'appelle en fait Taijitu). Le mot Chuan signifiant boxe, le Tai Chi Chuan est donc littéralement la boxe du Tai Chi, soit le système de combat qui ancre ses principes dans une approche philosophique très vaste qui le dépasse.

L'ambiguïté dont je veux parler est une source de confusion pour deux catégories de personnes : celles qui s'intéressent aux arts martiaux et celles qui recherchent un système thérapeutique. Les premières croient que la dimension martiale est passée au second plan depuis des lustres, alors que les autres pensent qu'il est complètement subalterne, si pas contradictoire, d'apprendre à donner des coups de poing lorsqu'on aspire à l'harmonie du corps et de l'esprit, à la santé, à l'apaisement par la méditation. Ces deux préjugés sont faux, même s'ils sont tout à fait explicables.

En outre, pour le grand public, le Tai Chi Chuan est cette gymnastique douce que les vieux chinois pratiquent dans les parcs. Or s'il y a une chose qu'il n'est pas, c'est bien celle-là : une lente et harmonieuse chorégraphie. Maître Ding met souvent en garde contre les beaux mouvements qu'il assimile à une coquille vide. Est ce que de tels mouvements ont une quelconque efficacité martiale ? Non, évidemment. Est ce qu'ils sont bons pour la santé ? Oui, mais comme n'importe quel exercice pratiqué avec mesure, ni plus ni moins.

Chaque mouvement du Tai Chi Chuan - et la forme traditionnelle en compte 108 - correspond à une et même à plusieurs applications martiales. Pour obtenir son efficacité, le pratiquant met à contribution l'énergie interne, le Chi, plutôt que la force musculaire. C'est l'essence d'un art martial interne. La justesse du mouvement peut alors se mesurer de façon très pragmatique, en le mettant à l'épreuve. S'il y a des tensions ou si la posture n'est pas correcte, le sujet sera déséquilibré lorsqu'on lui oppose une résistance. A contrario, un mouvement qui respecte les principes du Tai Chi sera imperturbable, et ce quelle que soit l'intensité de la force exercée par le partenaire. C'est ce que dit la formule quelques grammes peuvent faire bouger une tonne [1].

Sans une telle vérification, comment pourrait-on déterminer si le Chi circule librement ? L'énergie mobilisée étant par définition interne, seuls ses effets sont mesurables. Si l'application ne fonctionne pas, c'est que le mouvement n'est pas bon. On comprend bien, dès lors, qu'il est difficile de faire l'économie de l'approche martiale. Cela même si l'on n'a aucunement l'intention de donner un jour des coups de poings et de casser des bras. Car une fois qu'on a corrigé le mouvement et affiné sa précision par le jeu de la mise à l'épreuve, les autres bienfaits du Tai Chi Chuan en découlent tout naturellement.

Notes

[1] Four ounces move a thousand pounds

samedi 16 mai 2015

Présentation

Bonjour, je m'appelle Philippe et je suis l'instructeur de l'association Tui Shou. Mon parcours dans les arts martiaux a commencé presque par hasard à Montréal en 1999, avec les cours donnés par Sifu Lorne Bernard à son académie de White Crane Shaolin Kung Fu. De retour en Europe, j'ai rejoint le siège bruxellois de l'école de Wing Chun de Didier Beddar. Je m'y suis entraîné pendant de nombreuses années. C'est également à cette époque que j'ai été initié au Tai Chi Chuan de style Yang.

J'ai l'honneur de suivre l'enseignement de Maître Ding Teah Chean (6ème génération du style Yang), qui m'a autorisé à enseigner depuis avril 2012. Je me rends à présent plusieurs fois par an aux stages organisés dans le cadre de la Master Ding Academy. Je vis depuis peu dans le Sud-Ouest, où je souhaite apporter l'enseignement de Maître Ding. Je suis en effet (aux dernières nouvelles) le seul instructeur certifié par Maître Ding sur le territoire français.