Tui Shou

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Master Ding Academy

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samedi 2 décembre 2017

Ross, le combattant irlandais

Il y a quelques semaines, notre école était à l'honneur du magazine "Irish fighter", qui lui consacrait sa couverture et un petit dossier. Il faut dire que l'assistant principal de Maître Ding, Ross Cousens, est établi à Dublin depuis une dizaine d'années. Au fil du temps, il y a formé de nombreux instructeurs, si bien que les irlandais sont à présent une des branches locales les plus dynamiques de la Master Ding Academy avec plus de quinze cours hebdomadaires à Dublin, sans compter ceux de Cork et de North Kildare.

Le titre de l'article prête un peu à confusion : "Un Kiwi en vol - ce sont les voyages qui font un maître de Tai Chi". Il faut savoir que Ross est en fait originaire de Nouvelle-Zélande. C'est donc un long chemin, au propre et au figuré, qui l'a mené là où il est. Il explique d'ailleurs dans cette interview qu'il est courant pour un jeune néo-zélandais de faire un voyage de deux ans en Europe pour découvrir de nouveaux horizons. Le sien ne s'est jamais arrêté, semble-t-il.

Dès l'enfance, Ross a baigné dans les arts martiaux. Son père pratiquait déjà lui-même la boxe, la lutte, puis le Judo et le Ju-Jitsu. Mais ce n'est qu'à son arrivée à l'université que - selon sa propre expression - "il fut touché par la foudre". Six semaines dans une école de Tai Chi avaient complètement changé son approche, ses croyances et ses ambitions. Lorsqu'il quitta la Nouvelle-Zélande pour l'Europe, c'était avec la ferme intention d'y revenir pour devenir instructeur.

Arrivé à Londres, il essaya plusieurs écoles de Xin Yi et de Tai Chi Chuan, jusqu'à ce qu'il mette les pieds dans un cours de Maître Ding. Et c'est là que "la foudre frappa une seconde fois". Ayant moi-même vécu une expérience similaire, je trouve que l'expression est particulièrement bien choisie. Si vous voulez voir votre socle de croyances balayé du revers de la main (surtout si comme moi vous avez un fond cartésien doublé d'une approche pragmatique des arts martiaux), entrez simplement dans une salle où Maître Ding dispense son enseignement. Vous aussi risquez d'être "frappé par la foudre".

Après des années de voyages à travers toute l'Europe aux côtés de Maître Ding pour l'assister lors de stages et de séminaires, Ross est bien placé pour décrire son approche si particulière, qu'il définit comme "un mélange d'ancien et de moderne". Il explique que, même si le Maître attend de chacun qu'il se dépasse pour arriver à ses fins, il a cette capacité incroyable de déceler les attentes de chacun et de lui donner les moyens d'y parvenir.

La partie la plus intéressante de l'interview est celle où il définit le Tai Chi comme l'art de "la souplesse et du ressenti", où tout évolue à l'unisson vers un but unique, une philosophie entièrement contenue dans une pratique qui lie corps et esprit : "le but ultime est bien entendu d'intégrer ces principes à notre personnalité. Avec la pratique du Tai Chi Chuan, nous ne faisons pas quelque chose de différent, nous devenons quelqu'un de différent".

Si vous voulez suivre un cours avec Ross, il vous faudra aller jusqu'à Dublin. Mais il y a mieux : si vous assistez à un des stages de Maître Ding (en août ou décembre), vous aurez non seulement l'occasion de rencontrer le Maître en personne, mais en plus Ross est toujours là, à quelques pas de vous, prêt à expliquer avec patience et générosité, un savoir qu'il a mis plusieurs dizaines d'années à peaufiner.

lundi 11 avril 2016

Formation continue des instructeurs

Maître Ding met un point d'honneur à garantir la qualité de l'enseignement au sein de son Académie. Et pour y arriver, il dispose d'une méthode très efficace. Chaque instructeur certifié est en effet tenu de participer au moins une fois par an à un stage d'une semaine. L'édition 2016 vient tout juste de se terminer.

Ces Instructor's Retreats ont lieu, de même que les stages ouverts à tous, dans le petit village de Preston au Nord de Londres. La seule véritable différence, c'est le degré d'exigence et la quantité de travail demandée : lever à 5h30, plus de quatre heures de pratique en matinée et autant l'après-midi, avec encore deux heures de bonus le soir avant d'aller se coucher.

Cette année, la semaine de formation a été unanimement applaudie comme une des meilleures éditions. Et cela pour une double raison : il y a eu d'abord le dévouement de notre Sifu, qui s'était imposé de peaufiner dans les moindres détails chacun des cent-huit mouvements de la forme traditionnelle. Mais ce fut aussi dû à l'effort fourni par chacun des participants, porté par un esprit d'équipe et une atmosphère d'entraide mutuelle qui sont le fondement des meilleures écoles d'arts martiaux.

subst_insubst.jpgLe thème de la semaine était Substantiel/Insubstantiel, l'un des dix principes de Yang Cheng Fu. La différence, appliquée aux jambes, est ce qui permet au pratiquant de se déplacer de façon agile et stable. Moins facile à appréhender, cette division s'applique aussi au reste de l'organisme dont les mains, les bras, les épaules passent ainsi d'un état à l'autre en fonction du mouvement.

Un autre concept a sous-tendu l'enseignement de Maître Ding tout au long de cette semaine, sous la forme d'une métaphore : celle de la brume (ou mist en Anglais). La brume symbolise la conscience du corps qui ne s'arrête pas aux extrémités, mais se diffuse au-delà ; et ce dans toutes les directions.

Dans son souci d'unifier la forme exécutée par la centaine d'instructeurs présents cette année, le Maître a par ailleurs fortement insisté sur l'importance de conserver la structure tout au long du mouvement, à travers un flot continu qui serait comme un fil de soie qu'il faut enrouler sans le casser[1]. Affichée au mur, une citation de Fritz Perls allait dans la même direction : N'essayez pas de pousser la rivière, elle coule par elle-même.

Pour terminer, voici une autre citation, attribuée cette fois à Lao Tseu, qui a lentement infusé pendant cette semaine de pratique à la fois intensive et éclairante : Connaître les autres relève de l'intelligence. Se connaître soi-même constitue la vraie sagesse. Maîtriser les autres est une preuve de force. Se maîtriser soi-même, c'est là que réside la vraie puissance.

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Notes

[1] Dans le style Chen, un des exercices de base s'appelle justement silk reeling (enroulage de la soie)

mardi 1 septembre 2015

Stage d'août en Angleterre

Le stage du mois d'août de la Master Ding Academy, dont l'association Tuishou fait partie, a eu lieu du 15 au 22 août derniers. Chaque année l'école organise en effet deux stages ouverts à tous, l'un au mois d'août et l'autre en décembre. Ils se déroulent traditionnellement à Preston, petit village du Hertfordshire à quelques dizaines de kilomètres au nord de Londres. Ces stages constituent une occasion incomparable d'approfondir la pratique du Tai Chi Chuan et de recevoir des informations de première main de la part de Maître Ding.

phc.jpgIl faut reconnaître que le cadre enchanteur est pour beaucoup dans la réussite de ces stages. La région est magnifique, faite de bocages entrecoupés de forêts où l'on aperçoit régulièrement des troupeaux de cerfs et d'autres animaux sauvages. Nous séjournons dans un impressionnant manoir en bordure de forêt, sur un domaine ayant appartenu aux Templiers et qui héberge à présent un pensionnat pour jeunes-filles. Le bâtiment, classé, a été bâti à la fin du dix-neuvième siècle par l'architecte Edwin Lutyens. Il est entouré de vastes jardins et, en plus du hall omnisport dont nous faisons un usage intensif, compte une vaste piscine extérieure qui rencontre un certain succès au mois d'août.

Pour ce qui est des activités, l'essentiel tient en trois mots qui sont devenus un slogan parmi les habitués : eat, sleep, taichi. L'entraînement commence à six heures du matin, par une séance de Chi Kung à l'extérieur. Nous enchaînons avec une heure de pratique, suivie d'un petit-déjeuner bien mérité qui représente un repas digne de ce nom (l'incontournable English breakfast). La matinée, comme l'après-midi, est constituée de deux sessions séparées par une pause bien anglaise elle-aussi (tea time). En soirée, rebelote : deux heures de pratique avant de plonger dans un sommeil réparateur en prévision du lendemain. Chacun est évidemment libre de passer une séance pour aller se balader dans les environs, faire une sieste ou lire le journal dans l'un des confortables sofas qui jouxtent la cheminée monumentale. Mais en vérité, la plupart des participants ont ceci en commun : ils ne rateraient une heure de tai Chi avec Maître Ding pour rien au monde.

mda_aug15.jpegCar contrairement à certains maîtres qui dispensent leur enseignement à bonne distance du haut d'un podium, ne s'adressent directement qu'à leur garde rapprochée ou répondent aux questions par des formules sibyllines, Maître Ding passe d'une personne à l'autre, qu'elle soit débutante ou expérimentée, corrige leurs postures, démontre les applications et répond à toutes les questions avec clarté et précision. Tout cela avec le sourire, de six heures à vingt-deux heures, chaque jour de la semaine. L'intérêt de ces stages ne s'arrête pas à la proximité avec un authentique maître dont le talent et la connaissance n'ont d'égal que sa disponibilité. Ils sont aussi l'occasion de pratiquer avec des dizaines de pratiquants d'horizons et de nationalités multiples, avec des sensibilités différentes, des degrés d'expérience variés et surtout des énergies diversifiées.

Pour terminer ce compte-rendu sur une note technique, je voudrais ajouter que le thème du stage d'août 2015 était le concept de "Tun". Tun signifie "unifier". Ce concept fait référence à trois principes qui peuvent exister séparément : le Chi (l'énergie interne), le Yi (l'intention de l'esprit), et la coordination des mouvements du corps. Mais lorsque ces trois éléments sont combinés les uns aux autres et tournés vers un même but, la force qui en résulte est sans commune mesure. Une belle illustration du fait que dans le Tai Chi Chuan aussi, le tout est plus que la somme des parties.

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