Comme pour le Tai Chi (voir ici), on aurait tendance à croire que le Chi Kung (Qigong) est une technique vieille de plusieurs millénaires. Or ce n'est pas tout à fait exact. Car s'il est vrai que certains procédés de santé sont très anciens et que le terme Qigong a lui-même plus de mille ans, la réunion des deux (soit l'utilisation du terme Qigong pour désigner des techniques spécifiques qui visent à renforcer l'énergie interne) date seulement du début du XXème siècle. [1]

Brocart.jpgUne fois cela mis au point, nous allons désormais utiliser le vocable Chi Kung dans son acceptation moderne (au lieu de dire yangsheng[2] qui serait historiquement plus correct). Au niveau étymologique, Chi Kung signifie travail sur le soufflesouffle désigne le Chi (ou Qi). Mais on a de nos jours pris plutôt l'habitude de parler d'énergie ou même d'énergie interne pour traduire ce concept mystérieux qui joue un rôle fondamental dans la pensée chinoise.

Selon la médecine traditionnelle chinoise, tout organisme est parcouru de Chi. Il en existe d'ailleurs plusieurs types. On distingue d'abord le Chi dont on a hérité, c'est-à-dire reçu avant notre naissance (énergie du ciel antérieur) du Chi acquis de notre vivant, que ce soit par la respiration, par l'alimentation ou même via notre environnement. On parle alors de l'énergie du ciel postérieur. Ces énergies circulent naturellement dans notre corps, entre les différents organes, suivant des lignes appelées méridiens.

Comme pour la circulation sanguine, cette activité a lieu indépendamment de notre volonté. Il n'y a (heureusement) rien à faire. Mais lorsque des déséquilibres surviennent au niveau physiologique, comme des maladies par exemple, ces flux énergétiques en sont nécessairement affectés. C'est ainsi que des disciplines comme l'acupuncture ou l'acupression proposent de rétablir la bonne circulation du Chi en agissant sur des points spécifiques le long des méridiens.

Il existe par contre une autre forme de Chi : celui produit par un travail d'alchimie interne (Neigong). Au moyen de techniques spécifiques qui combinent différentes postures, une attention sur la respiration et une action de la volonté, le pratiquant peut sublimer les différents types de Chi présents dans son organisme en une nouvelle forme d'énergie et la faire circuler à l'intérieur du corps. Et c'est ce flux lui-même qui permet d'agir sur la physiologie dans son ensemble, d'améliorer la santé, de tempérer les émotions, d'aiguiser les sens et de diriger l'esprit.

Il existe une très grande diversité de techniques de Chi Kong, de nombreux styles, un foisonnement d'exercices (certains assis ou couché, d'autres debout), qu'ils soient statiques ou dynamiques. Certains recherchent des actions curatives précises, mais d'autres sont orientés vers la relaxation, ou même la sexualité. Parce qu'ils sont spécialisés, ces exercices auront souvent une action plus rapide ou induiront une sensation plus marquée. En revanche, le Tai Chi Chuan propose une approche plus généraliste (holistique).

Car il ne faut pas voir dans le Tai Chi Chuan quelque chose qui serait juxtaposé au Chi Kung, comme par exemple une espèce de spécialisation martiale de celui-ci. L'art qui consiste à cultiver le Chi, à le faire circuler dans l'organisme et à le transformer, n'est-ce pas précisément de cela qu'il est question dans le Tai Chi Chuan ? On peut en effet concevoir la forme traditionnelle, ses 108 mouvements répétés inlassablement jour après jour, comme un seul long exercice de Chi Kung qui aurait pour but de faire un avec l'univers.

Notes

[1] Le qigong de Zhou Lüjing, Catherine Despeux, p.8.

[2] c'est-à-dire pratiques pour nourrir la vie